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Woman VS Cannes : mon expérience et mes conseils de survie au Festival

Mis à jour : 11 juin 2019

Qu'y a-t-il de plus fou quand on est mordu de cinéma qu'obtenir son ticket d'or pour le Festival de Cannes ?

Je ne parle pas de ceux qui font le pied de grue devant le Palais des Festivals pour tenter d'apercevoir un bout de peau de star du coin de l’œil sous un soleil de plomb, et qui se sentent éminemment privilégiés. Non. Je parle de ceux qui sont capables d'engloutir 4 à 6 films par jour, sans dormir, sans manger, sans faire pipi, sans respirer (on n'en est pas loin), ceux qui sont prêts à se lancer dans un marathon spectaculairement discipliné et exigeant, tels des sportifs de haut niveau sur-entraînés. Je parle de ceux qui pensent, respirent et vivent cinéma, disposés à mettre toute leur énergie au service du septième art, guidés par leur amour inconditionnel des salles obscures. Oui, je parle bien de ceux qui ont obtenu une accréditation, et qui auront l'opportunité exceptionnelle de crever d'épuisement au bord de la Riviera mais surtout d'en prendre plein les yeux (quand ils arriveront à les garder ouverts, cela va de soit.)


Laissez-moi vous conter la belle expérience du Festival de Cannes qui fut la mienne entre émerveillement, découvertes, évanouissements de fatigue mais surtout : magie insensée. Suivez donc le guide pour survivre dans cet environnement qui peut paraître, à certains égards, légèrement intimidant.



Un nouveau programme dédié aux jeunes cinéphiles


La première question à se poser c'est tout naturellement : comment se rendre au Festival de Cannes ? Il y a plusieurs options possibles en tant que professionnel de l’industrie du cinéma et/ou blogueur (tout est expliqué sur le site officiel du Festival), mais pour les parfaits amateurs, y a-t-il un recours ? Depuis peu, oui. Il s'agit du programme "3 jours à Cannes" inauguré par le Festival de Cannes en 2018. Ce précieux sésame, restreint dans le temps puisqu'il ne permet d'accéder à la programmation que sur une durée de 3 jours, ne l'est en revanche pas dans son accès aux films. Vous avez en effet la possibilité d'assister à tous les films de la sélection officielle au même titre que les professionnels (dans la limite des places disponibles sur place néanmoins).


Pour ce faire, il vous suffit d'avoir entre 18 et 28 ans et d'envoyer une lettre suffisamment convaincante pour que le Festival ait envie de vous ouvrir les portes de ce temple sacré du cinéma. (Temple, fourmilière ou ring de boxe... question de point de vue.) Une fois ces démarches entreprises, il vous faudra évidemment vous loger et voyager par vos propres moyens. Le mieux est donc de se trouver des petits camarades cinéphiles pour vivre l'aventure à moindre coût. Un groupe facebook officiel dédié aux rencontres entre jeunes accrédités vous permettra de prospecter vos colocataires pour les 3 jours.


Le Festival de Cannes > Battle Royal

Qu'en est-il une fois sur place ? La compétition peut parfois s'avérer rude pour accéder aux salles et s'apparenter à Battle Royal : Le Festival, ce ne sera pas une croisière paisible et sans heurt... Vous serez plus le protagoniste d'un film d'aventures, à tendance survival, que d'un feel good movie. Tel Indiana Jones, vous aurez des pièges à déjouer et des alligators à affronter, de patience et de détermination vous devrez vous armer. Passion sans limite et courage infaillibles seront vos piliers moraux dans ce monde hostile et sauvage. Un Rambo du cinéma, vous serez. Mais vous ne chuterez pas, car le pouvoir du cinéma est en vous. N'est-ce pas ?


Voilà à peu près comment ça se déroule : une fois votre badge obtenu vous devrez potasser soigneusement votre programme de sorte à être en mesure de voir les films qui vous intéressent, tout en ayant le temps de bien vous replacer dans la queue pour le film suivant. Pas le temps de niaiser. Tout est une question d'organisation et de dévouement. Entre dormir et la passion du grand écran, il faudra choisir.


Laissez moi vous expliquer comment votre temps est réparti : 50% de films, 30% de files d'attente et 20% d'évanouissements intempestifs (à peu près). Donc, il va falloir préparer un plan d'attaque méticuleux pour enchaîner habilement films et files d'attente (si vous avez le temps de faire pipi et de vous restaurer entre les séances, ce sont des points bonus.) Vous l'aurez compris, le Festival est un subtil et précaire équilibre entre plusieurs forces en balance. Si vous avez un passionné de tableau excel et de planning dans votre équipe, c'est un plus, car attendez vous à pratiquer le tétris virtuel pour tout caser dans votre agenda. Si vous pouvez vous munir d'un retourneur de temps, ce ne serait vraiment pas du luxe non plus. (J'en cherche toujours un, si jamais.)



Guerre et passion


Je sais, ça fait peur présenté comme ça. Il faut en effet un petit temps d'adaptation pour bien se familiariser avec les rouages du Festival. J'ai eu l'opportunité d'être accréditée deux années de suite, et si la première année on est un peu perdus, on réalise avec une grande satisfaction la deuxième année qu'on a pris du galon. Ayé, on est plus les petits sixièmes de la cours d'école. On n'est pas non plus les caïds du collège, mais on a gagné en points de compétences. Donc une fois toutes ces contraintes et difficultés assimilées, vous pourrez bien entendu prendre du plaisir, je vous assure. On est quand même là pour ça, au départ.


Si le Festival demande un mental d'acier et de compétiteur, la récompense vaut toujours le coup : vous aurez le privilège inouï de voir des films parfois encore en fabrication et de compter parmi les tout premiers spectateurs, bien avant la sortie en salle (certains films n'ont même pas encore de distributeurs.) C'est assez magique de pouvoir établir son palmarès en temps réel, en parallèle du jury. En tant qu'accrédité, vous aurez aussi la possibilité de demander des invitations pour le Grand Théâtre Lumière via une plateforme en ligne. C'est en effet à l'occasion de ces projections, lors des soirées de gala, que se montent les fameuses marches du tapis rouge.


Au bout de l'attente, l'émotion


Ces invitations sont délivrées au compte goutte et vous n'aurez a priori pas beaucoup plus de deux invitations sur les 3 jours. Ces moments seront donc rares et précieux. Personnellement, ce n'est pas tant la montée des marches qui m'a émue (c'était plutôt l'angoisse à dire vrai, on s'imagine tomber à chaque pas, surtout juchés sur de hauts talons) mais l'électricité dans le Grand Théâtre Lumière. C'est une expérience singulière de découvrir le film en présence des membres de l'équipe, qui découvrent eux-mêmes parfois leur travail pour la première fois, de pouvoir les applaudir et de sentir leur fébrilité mêlée à celle des spectateurs.


Pour certains, c'est la consécration tant attendue, comme ce fut le cas avec L'Homme qui tua Don Quichotte de Terry Gilliam, le film le plus maudit de l'histoire du cinéma qui mit près de 20 ans à voir le jour et qui fut finalement projeté en séance de clôture en 2018. Chaque fibre du grand théâtre vibrait d'une émotion palpable. Si le film n'est pas aussi convainquant qu'escompté, l'expérience sociale qui l'a entouré, elle, m'a particulièrement marquée. Au delà de l'émotion collective que l'on ressent, le lieu est quant à lui vertigineux de beauté.


Le Festival de Cannes peut parfois s'assimiler à un parcours du combattant, ou à un parc d'attraction du cinéma sans fastpass, certes ; les journées sont longues et peut-être que certains films seront l'occasion d'une sieste intempestive... certes, mais au bout du compte, ça aura été incontestablement une expérience merveilleuse de se trouver aux premières loges d'une effervescence créatrice à nulle autre pareille.


Mon bilan personnel : peu de sommeil au compteur, beaucoup de rires, trop de pâtes et de pizzas (coucou la pizzeria Cresci), 10 heures de files d'attente (au bas mot), 12 films vus, mais surtout énormément d'émotion et de frissons de cinéma.


Alors si vous avez toujours préféré vous plonger dans la beauté irréelle de la fiction sur grand écran plutôt que de surnager dans notre sinistre réalité (oui, j'aime la vie) vous pouvez d'hors et déjà préparer votre lettre pour l'année prochaine !


Focus sur mes meilleurs films de la compétition vus en 2019


Cette année, la compétition était de haute volée. Laissez-moi vous conseiller quelques pépites qu'il faut absolument voir en salle à leur sortie.


Les Misérables de Ladj Ly. Prix du Jury. Sortie le 20 novembre 2019

Brutal, intense, immersif, sans compromis... Violence sociale et policière contre violence désespérée d'une jeunesse laissée à l'abandon. 


Parasite de Bong Joon-Ho. Palme d'or. Sortie le 5 juin 2019.

Jouissif, drôlissime et percutant, Parasite propose une réflexion politique et sociale d'une

noirceur absolue à l'humour décapant.


Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma. Prix du scénario. Sortie le 18 septembre 2019.

Passion amoureuse entre dévotion et désespoir, Portrait de la jeune fille en feu est d'une précision, d'une grâce et d'une poésie folle. 


It Must Be Heaven de Elia Suleiman. Mention spécial. Sortie le 4 décembre 2019

En Tati palestinien, Elia Suleiman promène un regard perplexe et mélancolique sur l’absurdité de notre monde moderne. Une fable tendre et hilarante.


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