« The Get Down »: Fureur de vivre dans le Bronx

Mis à jour : 11 avr. 2019

Article publié en octobre 2016

La série la plus couteuse de Netflix, The Get Down, est signée Baz Luhrmann (Roméo + Juliette, Moulin Rouge, Gatby le magnifique). Celui-ci s’attaque pour la première fois au petit écran, auquel il appose son empreinte baroque, lyrique et endiablée. Le style du cinéaste australien est identifiable entre tous, irritant les uns, ravissant les autres. The Get Down ne fait pas exception à la filmographie de son auteur, renforçant le clivage entre les adeptes et les détracteurs.

Si à première vue ce n’était pas gagné, car j’ai tendance à nourrir quelques réserves concernant la capacité de Baz Luhrmann à générer de l’émotion, la série a su trouver son identité propre et verser du miel dans nos oreilles.


Merci pour la carte postale du Bronx


On retrouve dès les premières minutes, l’exubérance du style propre à Baz Luhrmann. Son univers semble de prime abord ne pas faire corps avec le sujet : The Get Down dépeint la culture seventies du Bronx dans un contexte de misère sociale, entre la fièvre du disco sur le déclin et l’éclosion du hip hop. Les clubs, la jeunesse des quartiers pauvres qui tente de s’élever dans la société, les magouilles politiques, la religion, l’art du graffiti et les battles de rap composent cette comédie musicale urbaine (coucou West side story).

Image parfaitement léchée et musiques entrainantes, The Get Down ressemble plus à un spot publicitaire ou à un long clip qu’à une incursion réaliste dans le bouillonnement culturel du Bronx des années 70. Les décors, les costumes et l’univers sont extrêmement théâtrales et sophistiqués, contrastant avec un contexte plus brute et sensible. Le sujet n’est-il pas trop sérieux pour l’enrober de strass et de paillettes ? Qu’à cela ne tienne pour Monsieur Luhrmann, qui nous propose donc une jolie carte postale du Bronx au décorum soigné. Le pilote hérisse légèrement… Et puis, paradoxe curieux, miracle insensé… la magie opère. De l’image carte postale émane l’âme, celle d’une jeunesse désœuvrée mais vivante.

Série imparfaite mais âme à revendre


On devine une équipe de scénaristes, de réalisateurs et de musiciens complètement investie par son sujet, au plus proche des personnages qui se révèlent sacrément attachants au fil des épisodes. Le Bronx est une toile de fond, un terrain de jeu formidable pour le déferlement créatif de Baz Luhrmann, qui célèbre la vitalité d’une jeunesse prise dans de multiples contradictions. Celle-là même qui donnera naissance à une culture nouvelle, composite. La bande originale est elle aussi une grande réussite grâce à l’implication d’artistes de talent (Zayn, Nile Rodgers, Grace, Christina Aguilera, Janelle Monae). Les paroles des morceaux de rap notamment, sont de véritables pépites poétiques.


Prédestinée à sonner faux, la série se met soudain à frapper juste, à s’équilibrer, à émouvoir. Les défauts même deviennent des qualités intrinsèques : cet univers théâtralisé un peu toc, c’est le socle même d’un conte urbain enivrant. Le style maniéré ne comprime pas la féroce sincérité qui se dégage de chaque image. Au contraire. Tout est sublimé pour faire de chaque scène un monument d’intensité créative et musicale, rendant un vibrant hommage à cette culture hybride émergeant de la rue. On peut reprocher à Luhrmann son sens de l’emphase et de la dramaturgie un tantinet surdéveloppé, mais lorsqu’il se met à magnifier une jeunesse survoltée à l’énergie débordante, on lui pardonne allègrement. In fine, la démesure formelle s’harmonise parfaitement aux états d’âme de cet âge adolescent, dominé par tant de tourments et de volcans intérieurs.


Baz Luhrmann propose certes une œuvre saturée d’effets, mais aussi de sincérité et d’amour pour son sujet. The Get Down n’est pas irréprochable, mais elle vibre. Et on vibre avec elle.

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