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J'aime "Roi" de Bilal Hassani, c'est grave docteur ?

Mis à jour : 18 mai 2019



On dit souvent "Les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas". Cette affirmation a ceci de pratique qu'une fois prononcée, telle une sentence irrévocable, le conflit est instantanément désamorcé : l'amour a ses raisons que la raison ignore, tout ça tout ça. Pourtant, en matière de musique et d'art généralement, certaines "vérités" font consensus chez les gardiens du bon goût. Prend garde à toi si jamais tu oses frétiller au doux son de Jul ou de Maître Gims. La honte et la malédiction s'abattront sur ta descendance pour plusieurs générations. A part si tu as huit ans, auquel cas tu peux prétendre à une dérogation.


Je dois avouer que je fais partie de ces individus qui ont parfois honte de leurs goûts. Mes amis connaissent bien ma passion décomplexée pour Britney Spears, mais là c'est encore autre chose, on entre dans une catégorie autorisée : ces musiques pop qui ont obtenu leurs lettres de noblesse par leur caractère vintage et éminemment nostalgique.


Alors suis-je folle d'oser proclamer haut et fort aujourd'hui mon amour pour la chanson Roi du controversé Bilal Hassani, nouvel ambassadeur de la France à l'Eurovision 2019 ? Vais-je me faire lapider par la police du bon goût ? Peut-être aurait-elle raison, mais voilà pourquoi moi aussi, à l’instar d'un enfant de huit ans, je demande une dérogation.




Décryptage d'un plaisir coupable


Vous avez sans doute entendu parler de cette star en herbe, ou alors je dois vous prévenir : vous avez atterri dans une dimension parallèle. Vérifiez. Donc Bilal Hassani c'est ce jeune garçon exubérant et surexcité aux multiples perruques, qui s'est véritablement fait connaitre grâce aux réseaux sociaux. Il a également participé à The Voice Kids en 2015 où il interprète sur scène Rise like a Phoenix de la drag queen Conchita Wurst (vainqueur de l'Eurovision en 2014). Fort de cette popularité numérique, il remporte ensuite haut la main Destination Eurovision, émission permettant d'élire le candidat français du concours musical le plus kitsch et interminable de tous les temps : l'Eurovision.


Un phénomène de réseaux sociaux qui s'est peu à peu transformé en phénomène national, traversant les internet jusqu’à notre bon vieux téléviseur. Il a donc naturellement fini par se retrouver dans le salon de mamie Ginette et tonton Bernard qui se sont peut-être étouffés avec leur blanquette de veau. Paix à leur âme. Les titres aux sonorités pop et entraînantes du jeune chanteur, taillés pour s'enjailler dans la salle de bain comme en boîte de nuit, résonnent désormais sur le petit écran, les ondes radio et même dans ton lecteur CD puisqu'il vient de sortir son premier album, "Kingdom". Une success story quasi inespérée, mais surtout inattendue.




Ce qui est magique dans l'histoire de Bilal Hassani, c'est qu'il soit parvenu à se hisser sur le devant de la scène grâce à une communauté de fans à l'origine pourtant très circonscrite, et ce malgré une personnalité foncièrement clivante : Bilal arbore fièrement tenues et accessoires traditionnellement attribués aux femmes (du moins à notre époque) et remet en question avec candeur et panache les stéréotypes de genre, ce qui n'est pas nécessairement au goût du grand public.


Tout ne ressemble pas non plus à un conte de fées car le jeune chanteur ne suscite pas que de la bienveillance, loin de là. Se jouer du regard des autres tout en gardant le sourire, ça a tendance à en défriser plus d'un. Mais telle la Force affrontant le côté obscure, les ondes positives terrassent les vagues de haine et les amenuisent progressivement. Plus que l’ascension d'un artiste, dont les performances sont certes peut-être discutables, Bilal Hassani représente la concrétisation d'un rêve d'enfant et le triomphe d'une nouvelle ère.


Une success story au pouvoir humaniste


Si on regardait quelques années en arrière, peut-être dans une vidéo de famille, on découvrirait un gosse défilant avec perruques et châles, jouant la star sur la scène de sa chambre devant un public inanimé de peluches. Aujourd'hui il emporte contre toute attente l'adhésion d'un public de chair et d'os. L'imaginaire a éclaboussé le réel. Les haters ne sont jamais loin, mais qu'importe, le petit Bilal a gagné son pari : transformer un univers très intime, presque thérapeutique et fantasmatique, en proposition artistique.


A une autre époque, cette ascension n'aurait probablement pas été possible. Les réseaux sociaux ont des effets pervers, mais ils ont aussi le pouvoir d'ouvrir une fenêtre sur le monde, et même parfois, de faire entrer le monde dans l'univers de personnages qui n'auraient peut-être pas pu percer via des canaux plus traditionalistes. Je ne sais pas si Bilal est véritablement un artiste avec une vision singulière qui marquera irrémédiablement l'histoire de la musique, mais il a au moins le mérite d'ouvrir une brèche dans un univers encore très codifié et formaté, de réhabiliter une forme de kitsch et de sincérité très rafraîchissante, de bouleverser les codes de notre époque, de donner à rêver. Au regard de l'histoire personnelle de son auteur et du contexte dans lequel il s'inscrit, le titre Roi se révèle infiniment touchant.



Nous assistons à une revanche sur la vie, sur la haine, sur les préjugés, à l'éclosion du cygne blanc que certains percevaient comme un vilain petit canard. La musique, parfois, apporte bien plus que des sonorités, elle apporte aussi de nouveaux symboles et de nouveaux modèles auxquels s'identifier. Elle permet de changer pas à pas notre société.


Alors même si Bilal Hassani n'est pas le nouveau David Bowie, si ça peut aider à faire évoluer les mentalités, c'est déjà pas mal, non ? Gageons que ce petit pas pour la musique en soit un plus grand pour l'humanité.


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